Intégration par le réseautage

Catégorie Au boulot, Style de vie à Québec Date 18/06/2018

Écrit parChristian Djoko

Quelque chose m’a beaucoup intrigué il y a quelques années déjà lorsque j’ai débarqué au Québec pour poursuivre des études doctorales. Il s’agit de l’invitation à réseauter qui m’avait été faite de manière récurrente.

En effet, mon ami Boris n’avait de cesse de me dire que si je voulais avoir des opportunités plus tard, il fallait absolument réseauter. J’avoue que je le trouvais à chaque fois « tannant » avec son affaire de réseautage là. Car dans mon esprit de Camerounais d’alors, le réseau était associé au trafic d’influence, à la corruption, au favoritisme, aux avantages indus et immérités. Bref, pour moi le réseautage renvoyait à une pratique contraire à mes valeurs.

J’ai été particulièrement étonné lorsque certains collègues, enseignants en éthique et conseillers du Service de placement de l’Université Laval employaient sans gêne le mot réseautage. Ils n’avaient de cesse eux aussi de m’inviter à « réseauter » afin d’accélérer mon intégration à la société québécoise et d’élargir aussi mes opportunités d’emploi.

C’est ainsi qu’un soir en rentrant chez moi, je me suis dit : « Christian, certes la vérité ne dépend peut-être pas du nombre, mais si tant de personnes venant de domaines aussi variés que divers insistent sur la nécessité de réseauter, cela veut peut-être dire que la signification de ce mot est fort différente de la tienne ».

Démystifier le réseautage

À la suite de cette causerie avec moi-même, j’ai pris la résolution de démystifier ce fameux mot que l’on me servait à toutes les sauces tel un code magique qui aurait le pouvoir d’ouvrir toutes les portes de l’intégration. Dès lors, le premier réflexe a été de mener une petite recherche sur le sujet via Google. Après avoir introduit le mot « réseautage » dans le moteur de recherche, je suis tombé sur un lien du gouvernement qui faisait quasiment le panégyrique du réseautage. Ayoye, ce fut un choc (Rires). Après l’étape de l’étonnement, j’ai rapidement compris les raisons pour lesquelles le réseautage était largement mis de l’avant et valorisé aussi bien par Boris que par une bonne partie de mes connaissances québécoises.

À titre d’exemple, le site gouvernemental Québec entreprises souligne qu’« il est tout à votre avantage de créer des liens avec d’autres entrepreneurs afin d’élargir votre réseau de relations professionnelles. Ce réseau peut être constitué de proches, de conseillers, d’éventuels clients ou d’autres personnes pouvant jouer un rôle dans la réalisation de votre projet d’affaires. […] »

Dans le même ordre d’idées, HEC Montréal  définit le réseautage comme : « une technique de recherche qui augmentera considérablement votre visibilité et vous fera découvrir des opportunités d’emploi non visibles aux autres chercheurs d’emploi. En fait, le réseautage est la meilleure stratégie pour obtenir une entrevue et une offre d’emploi parce que l’expérience nous démontre que : 20 à 30 % des emplois sont comblés par les annonces, agences et autres méthodes 70 à 80 % des emplois sont comblés avant qu’ils ne soient affichés (marché caché) ».

Le site Immigrantquébec.com  abonde également dans le même sens. Il mentionne que « le réseautage est une excellente porte d’accès à une intégration sociale et professionnelle. Dans votre recherche d’emploi, la constitution et l’entretien de votre réseau vont même se révéler primordiaux. Au Québec, il se dit que 40 % à 80 % des postes à pourvoir ne sont pas affichés, mais se comblent grâce au bouche-à-oreille et aux recommandations. Vous l’entendrez de tout bord : au Québec, il faut réseauter. C’est une pratique peu familière aux immigrants qui n’est pas évidente à saisir ».

Autant vous dire qu’après avoir lu tout ce qui précède et bien d’autres écrits sur le sujet, j’ai décidé de réseauter. Toutefois, une chose est de connaître la valeur du réseau et, partant du réseautage et une autre chose est de savoir comment réseauter. « Que veut dire réseauter ? Par où commencer ? On s’y prend comment ? Comment se construit un réseau riche et diversifié? Existe-t-il un art ou quelques astuces pour réseauter efficacement ? » Voilà autant de questions que je me suis posées.

Un soir en sortant du bureau de Boris, j’ai aperçu une invitation accrochée sur un des babillards du Pavillon Charles De Koninck à l’Université Laval. Il s’agissait d’un 5 à 7 réseautage de l’Association des étudiants en droit (AED). J’ai alors décidé sur-le-champ d’y prendre part. Une fois sur place, non seulement mes vêtements passaient pour des haillons devant le « chictitude » des personnes présentes. Pire encore, j’étais comme un Indien dans la ville. Vous vous souvenez du film? Je ne connaissais personne et personne n’osait vraiment m’adresser la parole. À vrai dire, je n’y ai vu aucune méchanceté ou condescendance de leur part. Bien au contraire, je me suis demandé ce que je faisais là. Ils l’avaient sans doute compris.

Peu de temps après, non sans avoir avalé quelques bouchées, je suis parti en pestant : « C’est donc ça réseauter ? Quelle perte de temps! »

Réseautage et implication

Cinq ans se sont écoulés avant que je décide de me rendre à nouveau à une soirée de réseautage organisé par le BVE (UL) à l’attention des étudiants internationaux. Contrairement à ma première expérience, cette soirée a été plus instructive et enrichissante. Au cœur des échanges et rencontres, je découvrais finalement la signification réelle du réseautage. En fait, en prodiguant quelques astuces et conseils en matière d’intégration, de recherche d’emploi, de compréhension du milieu académique québécois, je prenais également la mesure de ce que voulait dire réseauter.

Commençons par déconstruire une idée fausse : réseauter ne veut pas dire participer à tous les 5 à 7 dédiés au réseautage. Ceux qui arrivent très souvent à élargir leur réseau lors de ces soirées-là sont ceux qui apportent également avec eux un réseau à partager. C’est un carrefour du donné et du recevoir. À défaut d’avoir quelque chose à offrir ou à tout le moins à partager, vous risquerez vivre ce que j’ai vécu lors de ma première expérience. Et croyez-moi n’était pas drôle (Rires). Est-ce à dire que les portes du réseau vous sont à jamais fermées? NON. Heureusement que réseauter ne se résume pas à participer aux soirées de réseautage.

En réalité, le vrai réseau pour un étudiant international se construit dès son arrivée à Québec. Elle s’enracine dans l’implication dans la vie associative de son établissement ou de son quartier. Je ne le dirais jamais assez : impliquez-vous. C’est dans l’implication que résident la profondeur et le potentiel de croissance de votre réseau. En vous impliquant, de fil en anguille, vous élargirez petit à petit votre réseau, vos références et votre connaissance de l’environnement québécois. Autrement dit, l’étendue de votre réseau sera proportionnelle à votre implication. L’implication sociale, académique, professionnelle c’est le cœur de votre réseautage, le nœud gordien.

J’appelle ça l’effet-araignée. Lentement, surement, solidement vous tisserez votre toile. À l’image des fils de la toile d’araignée, une implication est une occasion d’ajouter un réseau de plus sur lequel viendra se greffer un autre réseau, ainsi de suite. Bref, au risque de me répéter, sachez que le meilleur moyen de réseauter et partant d’étendre son réseau, réside dans l’implication. L’implication est au réseautage, ce que l’eau est à une plante. L’un ne va pas sans l’autre, mais surtout l’un féconde l’autre qualitativement, quantitativement et durablement.

Retenez aussi qu’au Québec, on vous montrera facilement la porte d’entrée, mais il vous appartiendra en retour de trouver la porte de l’ascenseur. Cela passe par le réseautage.

Je m’en vais d’ailleurs réseauter. À bientôt ;-)

À bientôt.
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