Vivre sa foi à Québec

Catégorie Sortir, Style de vie à Québec Date 11/07/2018

Écrit parChristian Djoko

La question qui guide ce billet est la suivante : Un étudiant international peut-il vivre sa foi à Québec ? Nonobstant les débats enflammés sur la laïcité et les spasmes identitaires qui font souvent la Une des médias, il est possible de vivre pleinement et paisiblement sa foi à Québec.

Une question essentielle pour de nombreux étudiants

Cette question qui peut paraître surprenante pour ceux qui vivent à Québec depuis des plusieurs années, constitue pour de nombreux étudiants internationaux une préoccupation essentielle au moment de choisir la ville ou l’établissement d’enseignement dans lequel ils souhaitent poursuivre leurs études. En effet, la religion occupe une place fondamentale, voire centrale dans la vie de nombreux étudiants internationaux. Elle structure et organise leur rapport au monde de manière si significative qu’ils ne peuvent envisagés de se passer d’elle ou d’en être privé d’une quelconque manière.

Bien plus qu’une expérience spirituelle, la vie religieuse est aussi pour ces personnes un appui indéfectible et une ressource sur laquelle ils savent pouvoir compter pour surmonter les difficultés liées à la solitude, au dépaysement, à l’intégration sociale ou académique. Qui plus est, la dimension communautaire de certaines religions permettraient à certains étudiants de se soustraire des affres de l’isolement et de la dépression auxquels ils peuvent être quelques fois confrontés.

Cela dit, lorsqu’on débarque à Québec en provenance d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie du sud-Est ou de la péninsule arabique, on peut être saisi par le contraste qui existe entre le riche patrimoine religieux qui organise la ville en secteur et l’apparente indifférence des québécois pour le fait religieux. Je dis bien « apparente ». Dans ce contexte, la tentation est hélas grande de moraliser, de juger, de fustiger la population d’accueil. Quelques-uns vont jusqu’à conclure que le Québec est une société sans repères moraux en proie à une sécularisation irréversible. Une telle conclusion est non seulement fausse, mais elle est surtout imprudente et inopportune.

Comme je me plais souvent à rappeler à certains étudiants internationaux qui peuvent quelques fois manifester une forme d’étonnement et d’incompréhension, voire de dédain devant le panorama religieux du Québec contemporain, il est toujours plus sage lorsqu’on arrive dans un pays de prendre le temps d’observer avant de se prononcer sur un sujet aussi sensible que la religion.

Un contexte particulier 

Après 7 ans au Québec, j’observe que la société québécoise (comme de nombreuses autres occidentales) est traversée par un étoilement continu de la pratique religieuse traditionnelle. Autant il est aussi courant de rencontrer des personnes qui revendiquent et assument leur athéisme, que des personnes qui sans être pratiquants ou adeptes des religions monothéistes traditionnelles, revendiquent cependant une forme de spiritualité, de rapport à la Transcendance ou de pratique religieuse alternative.

J’observe également que les québécois entretiennent un rapport quelque peu paradoxal avec leur propre passif religieux. Si certains demeurent viscéralement attachés – par croyance, conviction, ou tradition- à leur passé religieux en l’occurrence catholique, d’autres en revanche expriment une forme de rejet pure et simple de la pratique religieuse et ce, quelle qu’elle soit.

L’histoire de l’église catholique au Québec représente pour ces personnes un héritage dérangeant. Elles n’hésitent d’ailleurs pas à étendre cette réticence à l’ensemble des religions dites monothéistes. On peut dès lors « supposer que plusieurs Québécois ont intériorisé une lecture critique de toute forme de religiosité organisée et socialement conservatrice (révolution tranquille), cela en raison de leur propre rupture collective avec l’Église catholique. Donc, une posture plus « laïque » et égalitariste pourrait être à la base de cette apparente intolérance ». Dans ce contexte, le rejet quasi obsessif du fait religieux par de nombreux québécois se traduit parfois par une attitude défensive que l’immigrant tend à interpréter comme un geste de fermeture. Certains y voient même – à tort- de la xénophobie.

Peut-être l’analyse menée jusqu’ici est totalement erronée. Si tel est le cas, je vous adresse par avance mes excuses. Mais si on accorde un tant soit peu du crédit à ces observations, on peut à nouveau se demander s’il est vraiment possible de vivre sa foi à Québec. En répondant immédiatement par l’affirmative, on pourrait se demander : comment y parvenir ?

Un contexte propice

En guise de réponse, il importe de comprendre premièrement que la très grande majorité des habitants de Québec respecte la diversité des croyances et convictions religieuses. Nonobstant le fait que les Églises se vident et sont quelques fois transformées en bibliothèques, une partie importante de la population québécoise demeure pour longtemps encore profondément croyante ou attachée à leur tradition judéo-chrétienne.

Deuxièmement, il est loisible de constater qu’un esprit laïc habite de nombreux établissements d’enseignements. Il est particulièrement frappant lorsqu’on arrive à l’Université Laval d’observer l’ouverture et l’accueil réciproque qui existent entre des étudiants qui pourtant ne partagent pas nécessairement les mêmes convictions ou croyances (séculières et religieuses). En outre, la Direction des services aux étudiants s’est attachée depuis plusieurs années déjà, les services d’un conseiller à la vie spirituelle. Il est entre autres chargé d’aménager la diversité culturelle et religieuse sur le campus. Et ça fonctionne.

À la lumière de ce panorama, peut-on dire pour autant que tout est beau dans le meilleur des mondes à l’intérieur et en dehors des murs du campus ? Bien sûr que non. Cela dit, les inconduites ou écarts de comportements restent très marginaux à ma connaissance. Tant mieux.

Troisièmement, l’étudiant international doit s’efforcer si ce n’est déjà le cas de comprendre que le Québec est à bien des égards une mosaïque de libertés égales. Ainsi, la promesse de vivre pleinement sa foi, c’est aussi l’engagement qui incombe à chacun à respecter les croyances et convictions des autres. L’esprit totalitaire c’est de penser que notre monde est la totalité du monde. Il faut avoir une connaissance exacte de ses propres obscurités si on veut savoir où allumer la chandelle de son épanouissement spirituel.

En conclusion, il est toujours bon de se rappeler cette phrase éternelle de St Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de léser, tu m’enrichis ». Vivre sa foi au Québec, c’est aussi ça.

A bientôt.

 

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