Entreprendre à Québec

Catégorie À voir, Au boulot Date 18/06/2018

Écrit parChristian Djoko

Au Québec, l’entrepreneuriat est un des domaines où on trouve très peu de personnes immigrantes. Un ami me racontait récemment sous forme de blague que « lorsque tu as un emploi décent au Cameroun, tu es immédiatement perçu comme celui a « percé », (entendez : « celui qui a réussi »)….. et lorsque tu crées ta propre entreprise, tu es considéré comme celui qui a échoué, mais qui essaie tant bien que mal de s’en sortir ».

Aussi drôle soit-elle, cette boutade a surtout levé un pan de voile sur un préjugé tenace qui, au Cameroun comme au Québec, continue de freiner de nombreuses ambitions entrepreneuriales. Pour ma part, je suis de plus en plus convaincu que l’intégration et la réussite des personnes immigrantes passent également par l’entrepreneuriat. La région de Québec et Chaudière-Appalaches est à cet égard riche de promesses et d’ambitions. J’ai rarement vu un écosystème aussi propice et favorable à l’initiative entrepreneuriale. Je m’explique.

Le 13 au 19 novembre 2017 c’était la semaine mondiale de l’entrepreneuriat. À cette occasion, Québec-en-tête (en collaboration avec J’entreprends Québec et le Forum jeunesse afro-québécois) a organisé un extraordinaire 5 à 7 autour du thème « Sortir de Zone ». Ce soir-là, plusieurs entrepreneurs inspirants ont partagé avec le public présent leurs expériences dans la ville de Québec. Cette belle soirée m’a également permis de mesurer à quel point la ville de Québec et l’Université Laval se donnent les moyens de démocratiser l’entrepreneuriat et de construire un écosystème favorable à la création d’entreprise.

Avoir une idée c’est bien, se faire accompagner c’est mieux.

Plusieurs étudiants internationaux ne le savent peut-être pas, mais il existe à l’Université Laval un profil entrepreneurial  qui permet d’acquérir un faisceau de compétences et de se lancer dans le domaines des affaires comme on le dit souvent prosaïquement. Bien plus, les étudiants de l’Université Laval ont la possibilité de devenir membre de l’incubateur Entrepreneuriat Laval. Ce faisant, ils peuvent participer gratuitement aux formations qui y sont offertes. Ils peuvent également bénéficier des services d’accompagnement d’un conseiller ou des conseils d’un mentor.

Je rappellerai à toutes fins utiles qu’en novembre 2015, Entrepreneuriat Laval a été couronné du titre de premier accélérateur d’entreprises universitaires au monde et en Amérique du Nord par deux organisations différentes. En 2016, j’ai suivi la quasi-totalité des ateliers y étaient proposés. J’en suis ressorti à chaque fois subjugué par la qualité des mises en situation, des conseils et des enseignements. Allez-y faire un tour. Je vous le recommande vivement.

Je soulignerai également que le Cégep Garneau est à ma connaissance le premier établissement d’enseignement à offrir une attestation d’études collégiales (AEC) en Démarrage et gestion de son entreprise.

J’inviterai enfin les étudiants internationaux qui nourrissent des projets entrepreneuriaux à s’impliquer dans la vie associative de leur campus. Certains apprentissages, compétences, informations ou expériences s’acquièrent plus facilement et plus rapidement par le truchement de l’implication. Il existe d’ailleurs une association qui a pour mandat de fédérer les étudiants entrepreneurs de l’Université Laval. N’hésitez pas à vous y impliquer. N’hésitez surtout à participer à des concours de création d’entreprise. C’est une excellente façon de tester vos idées, de réseauter et d’améliorer à peu de frais votre projet entrepreneurial. Pour la petite histoire, j’ai eu l’occasion de « challenger » ma première idée d’entreprise lors d’un Cocktail organisé par le RÉEL. C’était expérience mémorable et riche d’enseignements.

Les secteurs prometteurs.

Hormis le secteur de la restauration que je déconseille fortement, je pense que tous les autres secteurs d’activités ont un potentiel de promesse inépuisable. La traduction de cette promesse en réussite dépend toutefois de votre détermination et de bien d’autres facteurs évoqués plus loin dans ce billet.

Vous me trouverez peut-être naïf, mais j’ai la faiblesse de penser que dès l’instant où un entrepreneur renonce à emprunter les sentiers battus pour proposer quelque chose d’innovant ou d’alternatif à ce qui se fait déjà, il a de fortes chances de « brisse » (réussir, briller). Cette conviction se trouve renforcée par le fait que la forte croissance économique élevée et le taux de chômage extrêmement bas depuis 20 ans à Québec constituent indubitablement des facteurs propices au rayonnement de l’entrepreneuriat.

Cela dit, si vous tenez malgré tout à connaître les secteurs d’activités qui comportent actuellement un fort potentiel de croissance et d’opportunités, je vous suggère de vous rapprocher de votre gestionnaire de compte bancaire. Il pourra vous aiguiller ou vous référer à la personne la plus à même de vous renseigner de façon efficiente. Notez cependant qu’il existe actuellement au Québec un nombre important d’entreprises à vendre. Elles sont à vendre non pas parce qu’elles se portent mal financièrement, mais parce qu’on arrive à la fin d’un cycle démographique. En raison du vieillissement de la population, les propriétaires d’entreprises ne trouvent pas nécessairement des acheteurs/repreneurs. Compte tenu de cette conjoncture favorable, il est peut-être plus indiqué pour celui qui souhaite se lancer en affaires de « reprendre la balle au bond » au lieu de partir de zéro.

Il est important de noter que lorsque je parle d’entrepreneuriat, il ne s’agit pas uniquement de création d’entreprise au sens courant du terme (entreprise manufacturière, épicerie, etc.). Ce dont il est question ici renvoie aussi à l’entrepreneuriat social. En le disant, je pense par exemple à Découvrir ma cité et 3 points.

Quid du financement?

Le financement constitue ici comme ailleurs le nerf de la guerre. En ce sens, la question qui revient sans cesse c’est : où le trouver l’argent ? C’est sans doute la question qui vous taraude l’esprit rendu en ce niveau, n’est-ce pas?

OK, disons qu’en dehors de vos ressources propres ou de ce qu’on appelle communément le « money love » en référence au soutien financier de vos proches (famille, amis, etc.) vous pouvez obtenir un ou plusieurs appuis (prêt à taux quasi nul, aide au démarrage d’entreprises, etc.) financiers auprès des institutions fédérales ou provinciales. Vous trouverez une liste non exhaustive de ces institutions à la fin de ce billet.

Selon votre secteur d’activités, les banques peuvent être aussi d’un précieux secours. Toutefois, en dépit de leur apport considérable dans la configuration actuelle du milieu des affaires à Québec, je recommanderai à un immigrant qui souhaite entreprendre de frapper initialement à la porte des organismes sous-mentionnés avant d’envisager un prêt bancaire. Il va sans dire que ce qui précède n’est qu’une simple suggestion tirée d’une somme d’expériences singulières. Il vous appartient en dernière instance de tracer votre propre chemin. En fonction de votre projet, de votre parcours, de vos aptitudes, de votre réseau et de vos ambitions, vous pourrez choisir un processus de financement fort différent. C’est tout le mal que je vous souhaite.

Ceux et celles qui ont eu la patience de se rendre jusqu’à ce niveau doivent surement se dire : « Celui-ci veut nous dire que tout est aussi facile ? » Bien sûr que non (Rires). D’ailleurs, avant de clore ce énième billet, je vais longuement m’arrêter sur ce point qui m’apparaît essentiel.

Les difficultés à entreprendre

C’est vrai que jusqu’ici j’ai dressé un portrait dithyrambique du paysage entrepreneurial québécois. Sans rien enlever à ce portrait, disons-nous tout de même les vraies affaires : Entreprendre est difficile. Point! Et face à cette difficulté inhérente à l’activité entrepreneuriale, il n’existe pas de solution unique et miraculeuse.

Très concrètement, les difficultés pour une personne à entreprendre au Québec peuvent classées en deux catégories : objective et subjective. Commençons par la première catégorie.

C’est une évidence : les entrepreneurs issus de l’immigration arrivent toujours en retard au « party entrepreneurial ». Autrement dit, n’ayant pas grandi ici, il peut s’avérer très difficile pour un immigrant de s’insérer dans un tissu entrepreneurial où tous les fils semblent se connaître et se croiser depuis plusieurs années. Cependant, être en retard ne signifie pas que l’on trouvera nécessairement la porte fermée. Ce n’est pas parce que je me suis pointé quelques heures après le début du « party » que je n’aurais pas l’opportunité de séduire les autres convives par mes talents de danseurs. J’emprunte cette image pour vous montrer que le retard dont il est question ici n’est pas en soi un obstacle insurmontable.

Le réseautage et la quête de l’information utile pour ne citer que ces deux exemples permettent de surmonter cet obstacle. Oui, l’information, la bonne, vaut de l’or lorsqu’on veut se lancer en affaires au Québec. Beaucoup d’idées, de projets ou d’entreprises meurent à l’état embryonnaire faute d’informations pertinentes et capitales. Au Québec comme partout à travers la planète, il importe de bien s’informer avant de démarrer une entreprise. Comme j’aime à le dire, pour mener à bien nos batailles, il faut adopter les meilleures stratégies, car les victoires sont rarement le fruit du hasard.

Informez-vous. Et quand je parle d’information, la liste des sources est non exhaustive. Je fais autant allusion aux organismes spécialisés dans le démarrage d’entreprise qu’à une émission comme « RDI économie » sur Radio-Canada. Cette émission est un abreuvoir qui peut aider un immigrant à en apprendre davantage sur l’environnement économique du Québec.

Concernant les difficultés de nature subjective, elles constituent les obstacles et les poncifs les difficiles à déloger. En gros, il s’agit de l’ensemble des préjugés dans lesquels une personne issue de l’immigration a été enfermée à son arrivée au Québec. À titre d’exemple, il est très courant d’entendre dire : « Ce n’est pas mon pays, je n’y parviendrai pas » ; « Il existe un plafond de verre, n’essaie même pas » ; « tu es une femme, noire et musulmane, c’est-à-dire que tu cumules trois handicaps, personne ne voudra t’aider ou te prêter de l’argent », « Contente-toi de trouver un bon emploi au lieu de prendre des risques » ; « Tous les secteurs sont quadrillés ou saturés » ; « Tu t’associes avec tes frères africains ? Ils vont te flouer » [je vous laisse compléter la liste].

En réalité, nos plus grandes limites sont très souvent d’ordre mental. Dans ce contexte, transcender ses barrières psychologiques, défaire ses chaines mentales, briser les verrous culturels du défaitisme et de la zone de confort, constituent un prérequis indispensable pour se lancer en affaire.

Il y aura toujours des gens pour vous dire que vous n’y arriverez pas. Mais une chose est certaine, vous ne réussirez en affaires qu’à la mesure de votre audace et du refus ferme que vous adresserez aux sirènes du pessimisme ou du conformisme. Oser entreprendre c’est prendre le risque de ramer à contre-courant. C’est accepter de paraître fou aux yeux du monde. C’est avoir soif d’apprendre de vos « échecs apparents », car ils paveront la voie à vos succès futurs. Il suffit d’ailleurs de lire la bibliographie des grands entrepreneurs pour comprendre que le succès se résume parfois à une longue, mais exaltante traversée du désert. Et si au moment d’emprunter l’autoroute de l’entrepreneuriat vous êtes faites l’objet d’un jet de pierres, sachez que vous êtes probablement sur la bonne voie. D’ailleurs, tâchez de collectionner les pierres qu’on vous lance, c’est probablement le début d’un piédestal qui pourrait vous propulser très haut. Vous en douter? Demandez à NARE, Defi Laser, Swipecity, WestAf …ils vous diront.

Quelques conseils en guise de conclusion

J’ai appris au bout de quelques expériences que nos véritables difficultés sont parfois loin d’être celles que nous nous représentons. Loin d’être nécessairement extérieures, elles constituent très souvent les limites que l’on s’impose à soi-même. Il faut en être conscient. Il faut surtout prendre conscience du fait que l’entrepreneur est souvent en proie à une grande solitude et incompréhension. Cela vient du fait qu’il cherche précisément une grande liberté.

Au demeurant, soyez passionné par votre projet et jamais vous ne compterez vos heures de travail. Votre passion viendra à bout des difficultés mêmes les plus tenaces. D’où l’intérêt, vous l’aurez sans doute compris, de démarrer son entreprise dans un secteur d’activité qu’on aime et dans lequel on dispose déjà de quelques compétences avérées. Là où se trouve ta passion se trouve également ta vocation entrepreneuriale.

À bientôt.

NB : Retrouvez moi sur Linkedin : @Christian Djoko ;-)

Liste de ressources: 

https ://devenirentrepreneur.com/fr/a-propos/ https ://www.futurpreneur.ca/fr/ http://afro-entrepreneurs.com/

https://entreprisescanada.ca/fr/financement/subventions-et-financement-du-gouvernement/

http ://www.dec-ced.gc.ca/fra/financement/entreprise/creation/index.html

https://www.economie.gouv.qc.ca/objectifs/financement/demarrage-dentreprise/?no_cache=1